Haïti: que faire de nos produits typiques?

En octobre 2013, le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) d'Haïti, en collaboration avec d’autres institutions comme le PNUD, le MARNDR et le MDT, a publié un document, Produits typiques en Haïti, identifiant 30 produits typiques d’Haïti. Il s'agit de produits à fort potentiel de production et de marché. On les estime prioritaires pour la création de valeur ajoutée, parmi une liste de pas moins de 539 produits initialement identifiés comme relevant du patrimoine haïtien!


Ces produits ont été typifiés comme suit:

  • Patrimoine naturel et culturel : Ce sont par exemple Saut-d’Eau, Bassin bleu, ou encore le circuit comprenant la visite des 3 lakou (Souvenance, Badio et Soukri dans l’Artibonite)

  • Patrimoine agricole : cela inclut par exemple des variétés de riz, comme le riz Sheila.

  • Patrimoine industriel et artisanal : On peut mentionner par exemple le célèbre dous makòs de Petit-Goâve, dans l’Ouest, la cassave douce du Nord ou encore les produits en papier mâché (masques, costumes de carnaval) de Jacmel, dans le Sud-Est.

Malgré le potentiel économique de ces produits, d’ailleurs le principal critère adopté par le MCI pour retenir ces 30 produits prioritaires, beaucoup de défis ont été relevés et parmi ceux-ci reviennent souvent le problème des débouchés, de manque d’organisation et de professionnalisation des producteurs, ainsi que le problème d’information imparfaite sur ces marchés (où trouver le produit, le produit est-il fiable, etc.).


La plupart des 539 produits typiques dénombrés par le MCI sont produits en dehors de Port-au-Prince et surtout en milieu rural. Ce sont tous des produits locaux auxquels la société haïtienne accorde de la valeur en tant que bien marchand mais aussi en tant que partie du patrimoine du pays. De plus, la plupart des entrepreneurs impliqués sur ces marchés se retrouvent dans le secteur informel qui est le plus grand pourvoyeur d’emplois en Haïti, d’après le MCI.


Pour relever les défis auxquels sont confrontés ces secteurs, malgré leur haut potentiel économique, on pensera aux avantages que pourrait avoir une consolidation de différentes productions typiques du pays, dans le cas des produits matériels, comme les produits alimentaires, industriels et artisanaux. Cela passe nécessairement, selon moi, par le regroupement et la professionnalisation des producteurs et autres acteurs en amont, afin de garantir une offre plus structurée et répondant à certains standards.


Cette consolidation de l'offre réduira aussi les problèmes d'information asymétrique et de contrefaçon qui polluent la confiance des consommateurs haïtiens dans les vertus associées à certains produits locaux. Il sera plus facile d'identifier et de sanctionner les resquilleurs qui profitent de la réputation d'un produit typique (par exemple, le dous makòs de Petit-Goâve ou la konparèt de Jérémie) pour offrir un produit de moindre qualité.


L'aboutissement ultime de cette stratégie serait la mise en place d'indications géographiques, de marques reconnues ou la célébration de produits de terroir et locaux avec lesquels les consommateurs (en Haïti, dans la diaspora ou même à l'international tout bonnement) entretiendraient un lien émotionnel.


La mise en valeur de produits patrimoniaux est aussi envisageable. Ce peut être par exemple la production de fiches d’information captivantes sur ces produits. Bien sûr, il est également possible de créer des marchés par la vente en Haïti comme dans la diaspora de produits dérivés, par exemple des documentaires réalisés sur des sites touristiques du pays, des offres de parcours touristiques, etc.


En réalité, de telles ambitions ne viennent pas sans leur lot de difficultés. On peut penser par exemple aux problèmes d'accès à l'information pertinente pour planifier des interventions réussies, d'accès aux capitaux de démarrage, aux ressources humaines qualifiées et d'autres blocages d'ordre institutionnel, légal ou réglementaire (surtout en ce qui concerne les produits alimentaires périssables), tant au niveau du pays qu'à l'international. Ces obstacles ne sont pas à sous-estimer, mais ils ne sont certainement pas insurmontables.

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