La Purge Éternelle (The Forever Purge): This is America (avec spoiler)

Dernière mise à jour : août 10


La Purge Éternelle

Dans une Amérique divisée par les inégalités de "classe" et de "race", dans laquelle est devenu réalité ce qui était censé rester une simple Gedankenexperiment tordue (l'idée d'une nuit pendant laquelle on aurait le droit de commettre tous les crimes-ou presque) avant de devenir une expérience sociale truquée en 2017, pour ensuite être érigée par la loi en événement annuel national, attirant touristes et enrobé de propagande gouvernementale (insistant sur le caractère cathartique de l'événement et sa contribution à la relance de l'économie et passant sous silence le fait que c'est un outil de contrôle de la population dirigé contre les minorités et les classes défavorisées) en vue de renforcer le pouvoir d'un groupe politique qui se fait appeler les New Founding Fathers of America (la NFFA), La Purge, comme on l'appelle, après avoir été suspendue quelques années en raison de la non ré-élection de la NFFA, revient de plus belle en 2049 à l'issue des dernières élections de 2048, et dérape lorsque des groupes extrémistes décident de prolonger la période de grâce jusqu'à la purification complète de cette nation souillée par ces envahisseurs qui ne sont pas "de souche", ce qu'ils appellent La Purge Éternelle, au point que finalement la loi martiale est décrétée et que le Canada et le Mexique (ironie du sort) décident d'ouvrir leurs frontières pour accueillir des réfugiés en provenance des États-Unis, dont un couple de Mexicains ayant fraichement et illégalement quitté le Mexique pour venir vivre le "rêve américain" aux États-Unis, terre d'espoir et de liberté.


Ouf! C'était long comme phrase, digne d'un Marcel Proust! Mais c'est que je viens de résumer une histoire qui se déroule sur 35 années dans une franchise, déjà vieille de 5 films, qui a démarré avec un très petit budget et qui, depuis, ne cesse de grossir et d'enregistrer d'excellentes performances dans le box-office, même si à la sortie du dernier numéro, La Purge Éternelle, au début du mois de juillet dernier, Baby boss 2 (qui revient lui aussi à Universal Pictures), a offert une meilleure performance au box-office. (Une autre phrase avec une longueur record, esprit de Proust sors de ce corps!). Un sixième film est prévu, dans lequel, je ne sais pas comment on va faire, l'idée d'une Purge à l'échelle mondiale va être explorée.


La Purge a démarré en 2013 plus comme un film d'horreur, assez violent tout de même. Toutefois, un message politique (voire une critique de la société américaine) a toujours été présent dès le début. La vision qu'on présente de l'humanité n'a pas toujours été aussi sombre non plus. D'ailleurs, dans La Première Purge qui est en réalité le quatrième film de la série mais qui rapporte l'origine de La Purge, on apprend que lors de la première expérience sociale, les gens avaient plutôt bien réagi, sans violence, en en profitant plutôt pour fêter et faire des folies plutôt que de verser spontanément dans la criminalité. C'est plutôt les organisateurs qui ont truqué l'expérience et en ont profité pour introduire de la violence. Cette première version correspond plus exactement à ce que nous apprennent les sciences sociales. La plupart des gens sont loin d'être des monstres et préfèrent coopérer dans les moments extrêmes. Le livre Humanité du philosophe Rutger Bregman développe assez bien cette thèse d'une humanité plutôt bonne, contrairement à l'image que nous renvoient habituellement les médias.




La Purge Éternelle, sans être un chef-d'oeuvre est un bon moment de cinéma, malgré les critiques majoritairement (et étonamment) négatives que le film a reçues sur des plateformes comme IMDB. Pour ma part, j'ai bien aimé le suspense et la place centrale qu'occupe la communauté hispanophone dans l'histoire. Bien entendu, pour un Américain riche ou fier, le film doit être très difficile à regarder, car contrairement aux films précédents dans lesquels la critique sociale était plus subtile, ici, le racisme, le classisme et le racisme qui rongent l'Amérique sont affichés au grand jour et le film ne prend pas de gants blancs. Le film essaie aussi de montrer l'origine de cette peur de l'autre, en soulignant la part d'ignorance qu'il y a dans le racisme et la xénophobie. On a peur de l'autre, bien des fois, parce qu'on ne sait pas qui il est. Mais j'ajouterais que certains choisissent la peur et la haine parce que tout simplement ils refusent jusqu'à l'idée d'apprendre à connaitre l'autre.


Beaucoup se demandent si La Purge pourrait un jour (malheureusement) devenir réalité, tout comme on s'est posé la question après avoir vu ou lu La Servante écarlate. On se plait à croire que ce n'est que de la fiction. Ça rassure. Mais, une réponse que j'ai bien aimée est celle d'un sociologue qui pointait le fait que, d'une certaine façon, La Purge existe déjà. Si le principe de La Purge c'est de laisser impunis les crimes (pendant une période), alors, dit le sociologue, n'observe-t-on pas déjà cette impunité dans nos sociétés qui tolèrent l'évasion fiscale des riches, se montrent complaisantes avec les grandes multinationales (malgré les plaintes et les dommages que certaines d'entre elles peuvent causer). Ou encore, j'ajouterais, c'est cette société qui, comme le disait Lil Wayne (même si le chanteur est passé du côté obscur de la force en niant l'existence du racisme), aime bien aller chercher la drogue dans les communautés noires défavorisées, mais ferme les yeux sur les mêmes pratiques dans les milieux huppés. Chaque fois que revient la question de la probabilité de La Purge ou d'une République de Giléad, j'ai envie de répondre tout simplement avec la vidéo de Childish Gambino (Donald Glover): This IS America. Ou encore: This is the world. C'est déjà la réalité, malheureusement.



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