Dieu, ton disciple n'aime pas les enfants handicapés




Aujourd'hui, je suis tombé sur un commentaire qui m'a choqué. L'auteur du commentaire rapporte les propos méprisants d'une femme, une chrétienne, qui n'a pas d'enfant, à propos de l'enfant handicapé d'une autre femme. Le ton sur lequel elle parle respire le mépris. La personne en voudrait à Dieu lui-même si ce dernier lui donnait "ça", en réponse à ses prières pour avoir un enfant.





Il y a près de deux semaines, une amie a lancé un nouveau podcast. Dans le premier épisode de #ManjeSalePodcast, elle explorait pourquoi les mères haïtiennes détestent leur filles. Avant que cela vous mette hors de vos gonds, laissez-moi préciser que par là, elle soulignait comment les mamans (en tant que groupe), en contribuant à reproduire et à entretenir le patriarcat, en poliçant le ton des filles tout en encourageant les garçons à parler avec confiance et autorité, en viennent à empêcher les filles de s'accomplir pleinement dans une société qui n'est déjà pas faite pour elles.


On sait que certaines familles peuvent être déçues de l'arrivée d'une fille. Il y a aussi l'autre versant, ces parents faussement "woke" qui préfèrent ou auraient préféré ne pas avoir de filles parce que, selon eux, c'est trop compliqué d'élever et de protéger une fille dans une société aussi sexiste. En Chine et en Inde, les deux pays les plus peuplés du monde, la préférence pour les garçons a contribué à un déséquilibre du sexe-ratio que certaines organisations de droits humains surveillent avec attention.


Tout cela est bien connu (et bien déplorable). Ce dont on parle moins, c'est le rapport entre les parents et les enfants qui sont nés avec un handicap (qui peut être mental, moteur, sensoriel, psychique ou une maladie invalidante, selon la classification de l'OMS).


Tous les parents qui prennent bien soin de leurs enfants sont des héros. Et surtout des héroïnes, étant donné que l'éducation des enfants repose encore aujourd'hui de façon disproportionnée sur les mères - mais c'est heureusement en train de changer, doucement.


Élever un enfant est une tâche ingrate, exigeante et stressante. Je suis moi-même parent et je comprends que certaines personnes hésitent à, ou refusent de, devenir parent. Considérez ceci par exemple. C'est surtout la société qui profite de l'éducation que nous fournissons à nos enfants. Pourtant, élever un enfant reste surtout une affaire de famille. En clair, on élève nos enfants pour que d'autres en profitent, des gens qu'on ne connait ni en peintre ni en peinture.


Et je ne parle pas seulement des coûts économiques de la prise en charge des enfants. Je parle aussi du temps, de l'affection, de la tendresse, de l'attention et de tout l'amour qu'on partage avec nos enfants et qui contribueront à faire d'eux et d'elles des individus bien bâtis et prêts à affronter le monde pourri (sur bien des plans) qu'on leur aura laissé en héritage. Tout cet amour est inestimable et n'a pas de prix. Il n'en demeure pas moins que les politiques publiques défamilialisantes (qui réduisent la dépendance des enfants à leurs parents, comme la subvention de services de garde) ou d'autres qui partagent le coût financier de l'éducation des enfants (scolarisation universelle, soutien aux enfants, etc.) sont bienvenues et allègent considérablement une mission aussi écrasante que la parentalité.


Si les parents sont des héros, les parents d'enfants handicapés sont des super-héros et des super-héroïnes. J'en ai moi-même côtoyé plusieurs: parents d'enfants autistes, parents d'enfants sourds-muets, etc. Et je peux vous dire qu'avoir à élever des enfants ayant de tels défis, cela change une vie.


Bien sûr, on refusera le mythe du parent guerrier qui n'a jamais eu des moments de doute, qui aime inconditionnellement son enfant et a toujours suivi une trajectoire linéaire pour éduquer son enfant. Il y a forcément des hauts et des bas, il y a des moments de doute. La vie du couple peut même s'en ressentir. Mais l'amour des parents pour leurs enfants qui vivent avec un handicap n'en est pas moins profond. Et je connais de tels parents, ils resteront pour moi un modèle d'abnégation et de courage.


Je comprends donc très bien (enfin, je peux me le représenter) qu'un parent, dans un moment de faiblesse, puisse dire des choses qu'elle regrettera sans doute plus tard. Il est très rare que des étrangers aiment un enfant plus que leurs parents. J'éviterais donc de tomber dans le jugement facile.


Ce que je comprends moins, et que j'ai plus de mal à accepter, c'est qu'une personne, non contente de souhaiter avoir un enfant, en va jusqu'à en faire la demande à son Dieu, sans être prête à accepter toutes les conséquences qui accompagnent ce choix.


La femme citée en introduction s'adressait sans doute à son Dieu. La personne qui a rapporté ses paroles l'écoutait depuis l'autre côté du quatrième mur. Il est aussi possible qu'elle ait proféré ces paroles à voix haute, sans aucune gêne. En Haïti, les gens disent plein de choses impensables à voix haute. Il n'est pas impossible non plus que la femme ait dit ça de façon à ce que la mère de l'enfant handicapé et même l'enfant en question entendent ses propos. J'ai déjà vu pire en matière de comportement irresponsable et irrespectueux.


Cette femme, si Dieu exauce ses prières (une chance que ce soit plutôt rare), deviendra mère. Avec un peu de chance, son instinct maternel (cette chose qui n'existe peut-être pas ou dont le caractère naturel est surestimé) finira par s'activer. Il faut croiser les doigts.

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