Ah, ces covidiots!

Je me rappelle comment les Américains étaient la risée du monde quand, aux débuts de la pandémie, certains sont sortis manifester contre le confinement.


Un ami s’étonnait à quel point ce peuple (il faisait semblant d’ignorer que la majorité avait suivi les mesures des autorités) était « bizarre ». Il voulait poser une exception américaine.


Ici, au Canada, on s'est payé la tête de ces « covidiots » américains. On l'a même trop souvent fait en français, une langue que ce peuple trop refermé sur lui-même, n'est pas censé comprendre si on suit la logique. « This is America ». Après tout, c'est l'Amérique, à la fois terre de liberté et de racisme séculaire. Contradictions que Childish Gambino (Donald Glover) arrive à illustrer parfaitement dans ce qui restera peut-être son succès sans lendemain.





On a donc feint l'étonnement devant l’attachement extrême de « ces Américains » à leur « liberté » au détriment du bien commun. Sauf que là, maintenant, on réalise que ces « covidiots » sont partout. Cela s'est passé au mois d'août dernier en Allemagne (où des policiers se sont blessés en essayant de contenir une foule de 20 000 manifestants anti-mesures de lutte contre la covid-19. Cela se passe aussi au Québec où actuellement une recrudescence des cas de COVID-19 est observée, ou encore en Ontario...Désillusion totale.





Les covidiots ont juste mis plus de temps à sortir massivement de leurs trous dans d’autres pays occidentaux. Aujourd'hui, on se retrouve bien avec une cohorte de gens antivaccins qui carburent aux théories conspirationnistes. Ils ne sont pas les plus nombreux, mais ils parlent fort et sont plus actifs sur les réseaux sociaux.


Pendant qu'on parle de vaccination (l'une des plus grandes découvertes de l'humanité et, selon l'OMS, l'un des meilleurs investissements qu'un pays puisse faire en santé), le plus déprimant ce ne sont peut-être pas les anti-vaccins avérés, mais plutôt les indécis.


Par exemple, au Canada, une personne sur 10 ne sait pas si elle acceptera le vaccin, selon un récent sondage. Il y a aussi ceux qui ont un avis mitigé sur l'intérêt des vaccins. Pour les endurcis, au moins on sait qu'il n'y a pas grand-chose qu'on puisse faire, c'est une bataille perdue d'avance. Et ce n'est pas grave si on ne peut pas les convaincre, tout le monde n'a pas besoin d'être vacciné pour que cela fonctionne. Mais les indécis, qu'est-ce qu'on en fait? Faut-il leur laisser le choix, alors qu'ils n'étaient même pas capables de se décider sur une question aussi élémentaire?


Ce qui est sûr, l’Occident a mal.


Un ami me répétait souvent qu’à force de mettre la liberté individuelle sur un piédestal et d’encourager l’individualisme, l’Occident finira par déboucher sur une impasse. Non pas que les libertés individuelles soient un problème, mais leur sacralisation pourrait en être un. Comme Saturne dévorant son fils, le culte des libertés individuelles et de l’individu, sans la conscience civique et la promotion du bien commun qui devraient l’accompagner ou le relativiser, peut être liberticide.


S’il y a une deuxième vague, une vraie deuxième vague (et c’est une quasi-certitude selon beaucoup d’experts), le plus grand défi cette fois risque d’être non pas logistique ou matériel, mais plutôt psychologique. Comment convaincra-t-on autant de récalcitrants de se reconfiner?


Des États européens avaient usé de la force et de leur pouvoir de coercition (Espagne, Italie, etc.) et avaient dû prendre des mesures extrêmes qui étaient compréhensibles et tolérées lors de la première vague. Des mesures qui rappelaient tout de même les dictatures que l’Occident dit avoir en horreur. Il suffit aussi de voir les tensions autour du développement et de l’adoption des applications de traçage au regard de la protection de la vie privée.


Pour ma part, pour enlever tout doute de votre esprit, je suis de ceux qui croient que la plupart des mesures prises par les gouvernements pour endiguer l'épidémie étaient et sont nécessaires (sauf peut-être celles qui sont les plus intrusives). Je pense qu’il faut suivre les autorités dans la plupart des cas. Il s’agit de protéger l’autre et le bien commun.


En revanche, je souhaite qu’on arrête de me présenter les Américains comme les grands covidiots de la terre, car des idiots il y en avait et il y en a encore partout, la réalité est aussi que la majorité respecte les mesures sanitaires mises en place par les gouvernements. Les États-Unis ne sont pas une exception.


C'est aussi sans compter que cette catégorisation de la population en (cov)idiots et en gens d'esprits à placer sur un continuum, a sa part de mépris et de classisme. Après, je doute que la crise des papiers-toilettes en fut une de covintelligence. Sans vouloir encenser les conspirationnistes qui ont fait de cette expression leur japa, il ne faut pas se voiler la face: nous sommes profondément des moutons. Et c'est tant mieux la plupart du temps, suivre la foule ou imiter les autres sont en général une bonne façon d'apprendre.


Une amie que j'estime beaucoup me rétorqua qu'il n'y a pas commune mesure, les Américains vont vraiment trop loin (non contents de leur covidiotie, ils se sont assurés d'élire un covidiot à la présidence). Elle avait raison. Elle eut peut-être raison aussi de rappeler qu'ailleurs on encadre (peut-être même trop) les libertés là où aux États-Unis le laxisme règne.


Mais mon point est tout autre. Il est vrai que la situation actuelle aux États-Unis a un avant-goût d'Idiocratie (pour une analyse plus fine et non sans humour, on peut regarder la vidéo ci-dessous). Ce que je dénonce pourtant, c'est c'est manie de se comparer au pire pour se créer de la valeur. L'idiotie n'est peut-être pas la chose la mieux partagée du monde, mais la COVID-19 est pour nous rappeler aussi que tous les pays ont quelque chose chez l'orfèvre.



Selon moi (évidemment), la triste réalité est celle-ci. Tant qu’on ne réalisera pas l’ampleur du défi psychologique qui nous attend avec les frondeurs, on ne sera pas prêts pour la deuxième vague, car cette fois et les covidiots et ceux qui se croient covintelligents risquent de craquer.


Le confinement représente un stress énorme. Beaucoup ne voudront pas s’y conformer une deuxième fois.


Alors qu’est-ce qu’on fera? Décréter la loi martiale contre ses propres citoyens?


La prochaine crise n’est peut-être ni sanitaire ni économique, elle risque d’être démocratique.

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