Toni Morrison: L'origine des autres

L’origine des autres est un essai de Toni Morrison publié en anglais en 2017 sous le titre de « The Origin of Others ». Il s’agit en réalité d’un recueil de 6 conférences tenues par l’auteure en 2016. Dans l’ensemble, ces textes essaient de cerner ce que signifie être « autre », mais surtout, comment on devient et comment on nous fait devenir « autre ».





Ces contributions, malgré leur richesse et leur diversité, peuvent être ramenées, selon moi, à trois grandes thèses défendues par l’auteure.


La construction de l’autre participe d’un besoin de se retrouver: la création de l’autre nous fait conserver notre normalité.


Le raisonnement sur lequel repose l’altérité est facile, simpliste mais d’une efficacité troublante. Grâce à lui, un colon Blanc qui violait ses esclaves arrive à rapporter méthodiquement, sans émotion, son expérience comme il le ferait pour des activités ordinaires. Mais les contradictions sur lesquelles repose cette construction sont rapidement rendues évidentes.


La littérature pourrait gagner à donner des repères culturels plutôt que raciaux dans la construction des personnages et approfondir de façon plus subtile les contradictions.


Toni Morrison se demande: qu’est-ce qu’on apprend vraiment quand nous on nous dit que tel personnage est noir, par exemple? Le jeu consistant à détecter les enjeux racistes (car si la race n’existe pas, le racisme, lui, est bien réel) dans les œuvres, même sans repères sur la couleur de peau des personnages, pourrait être particulièrement instructif en littérature, selon Morrison.

La mondialisation fragilise ces frontières artificielles qu’on a établies pour définir l’autre.


Cette partie va de soi.


Toni Morrison nous livre là un très bon essai. Il est très lourd par moment, notamment quand l'auteure liste ou rapporte des propos et des actes racistes, cruels, pourtant loin d’être fictifs. Il y a des clins d’œil amusants aux romans de l'auteure. Ce peut donc être une excellente lecture à faire avant comme après la lecture des romans (notamment Beloved, qui est le principal matériau de la cinquième conférence, « Raconter l’autre »).


Je regrette seulement la qualité de la traduction. Pourtant la traductrice a fait de son mieux, j’ose croire. Seulement je n’aime pas quand je sens que c’est une traduction, surtout au niveau des syntaxes, du vocabulaire et des expressions utilisées. On sent que pour rester fidèle au texte d’origine, la traductrice fait des choix qui manquent de style et qui sonnent peu français par moment. La lecture n'en reste pas moins inoubliable.

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